

Shana Louvier a, et ce depuis sa plus tendre enfance, un tempérament des plus posés. Sa nature calme, appréciée de tout le voisinage, faisait la fierté de sa mère à l’époque où la jeune fille vivait encore avec elle. Sa mère qui, en bonne villageoise qu’elle était, ne cessait alors de vanter les vertus de sa progéniture aux bonnes femmes du quartier. Car, en plus de son attitude sereine, Shana faisait preuve d’une obéissance sans limites envers les adultes de son entourage, elle n’hésitait pas également à aider les enfants des voisins à faire leurs devoirs après avoir, évidemment, effectué toutes les tâches ménagères qui lui étaient imposées. En bref, c’était une enfant modèle. Et qui dit enfant modèle dit épouse parfaite. Car Madame Louvier comptait marier sa fille à un jeune homme tout ce qu’il y a de plus charmant. Bon chic bon genre, il n’était pas riche à millions mais c’était ce que l’on pouvait espérer de mieux dans ce village perdu du Calvados. Ce que cette chère Madame Louvier n’avait pas considéré, c’était le fait que peut-être, nous disons bien peut-être, sa progéniture n’avait aucunement envie d’épouser un homme. Shana était certes docile, mais elle n’était pas aveugle, et voyait bien ce qui se tramait autour d’elle. Quand elle discuta un soir avec sa mère, à propos de ce mariage arrangé, elle lui fit comprendre de manière tournée qu’elle n’en voulait pas. La réponse de sa génitrice fut sans appel : « tu feras ce qu’on te dit de faire ma petite, comme tu l’as toujours fait. » Oui mais voilà, comme le dit si bien le proverbe, il faut se méfier de l’eau qui dort. Et ce soir-là, Shana se mit pour la première fois de sa vie en colère. Elle ne fracassa aucune assiette contre le mur, elle n’insultât pas sa mère de tous les noms, elle ne cria pas non plus à s’en déchirer les cordes vocales. Non, c’est avec des gestes lents, un langage respectueux et un ton très bas qu’elle dit à Madame Louvier : « Non maman. A partir d’aujourd’hui, plus personne ne me dira ce que je dois faire. » Si ladite maman eu envie de gifler son enfant, elle se ravisa à l’instant où elle aperçut son regard. Un regard plein de colère froide. Madame Louvier était peut-être frivole sur les bords, mais elle était loin d’être une imbécile. Elle savait par expérience qu’une colère lucide faisait bien plus de dégâts qu’une fureur incontrôlée.
Le
lendemain matin, Sana retrouva dans l’entrée deux valises
contenant ses affaires. Elle partit sans demander son reste.
Aujourd’hui, la jeune fille d’à peine 18 ans avait bien
changé. Sa nature tranquille est toujours la même mais elle refuse
désormais d’obéir aveuglément à son entourage. Avec les
années, sa physionomie a également évoluée; troquant sa chevelure
châtain contre une teinture rousse et ses robes fluides contre des
tenues plus pratiques. On ne peut pas dire qu’elle soit belle
mais Shana attire sans aucun doute les regards, ses traits fins lui
donne une allure douce et son sourire timide donne
l’impression d’avoir en face de soi une personne de
confiance.
Pourtant il ne faut jamais se fier aux
apparences.
La forêt s’épaissit à vue
d’œil, la pénombre envahit peu à peu les
environs.
« On ne trouvera rien ici, Shana, affirma John, son partenaire dans cette expédition peu commune.
-Les ordres sont clairs, ils sont dans cette forêt, on continue, rétorqua la jeune fille d’un ton qui n’impliquait pas la discussion. »
John ne l’avouerait pour rien au monde mais sa coéquipière, avec sa tranquillité implacable, l’effraie quelques peu et ce depuis le début de la traque. Ses pensées se dirigent alors vers l’institut, là où il l’a rencontrée. C’est suivant le désir des Capes Noires qu’il s’est alors allié à elle afin de pourchasser leurs ennemis communs dans cette forêt austère du centre de la France. Maintenant qu’il l’observe de plus près, il ne peut que se rendre à l’évidence : la jeune fille a un certain charme, qui, il faut le dire, ne le laisse pas de marbre. Peut-être qu’après cette mission il l’emmènerait boire un verre dans un bar et peut-être même qu’ils finiraient la nuit ensemble. John parcourt alors du regard les alentours, essayant de décerner une forme mouvante dans l’obscurité ambiante. C’est que ces saloperies ne sont pas faciles à dénicher! Il avait hâte d’en finir, de rentrer au point de ralliement afin de prendre une bonne douche chaude et de manger des plats préparés par les cuisiniers du groupe.
Soudain, un craquement retentit à sa droite. L’homme tournant vivement la tête dans cette direction fait signe à Shana de sortir son revolver.
Après avoir passé deux bonnes minutes à scruter les bois, il recentre son regard vers sa partenaire. La voyant visser son silencieux sur son arme, il fronce les sourcils et chuchote :
« Qu’est-ce que tu fais ?
-C’est pour éviter que le bruit attire ses éventuels compagnons, répond-elle. »
Son coéquipier hoche la tête et recommence à observer les lieux.
« Tu crois qu’il est toujours là ? lui demande-t-il.
-Non, tranche-t-elle.
-Non ? Pourtant je jurerais avoir entendu quelque chose, réplique alors John.
-Ce devait être ton instinct qui te prévenait de ce qui va suivre, affirme la jeune fille. »
Ne comprenant pas de quoi elle parle, l’homme tourne alors sa tête vers elle afin de l’interroger du regard mais il a juste le temps de voir le canon de l’arme venir se poser entre ses deux yeux et d’entendre le déclic de la gâchette.
Shana remet son revolver en place, vérifie bien que John est mort et fait demi tour. On l’attend à l’institut.
Image: Sense the wind, dont le modèle Antoanette a bien voulu que sa photo illustre ce chapitre. Voci le lien vers les galleries respectives sur deviantart du photographe: Ayami7 et du modèle : Antoanette. Merci à eux!
Voilà ! Après une longue absence je suis de retour ! *pas frapper, pas frapper !* Pour info, j’entre en Terminale Littéraire cette année – donc année chargée !
Donc, un nouveau chapitre, un nouveau personnage ! Bienvenue dans l’univers de Shana Louvier, qui n’est pas une malade mentale comme certains pourraient le croire.
En attendant je vous souhaite à tous d’excellentes vacances, avec plein de soleil, de beach parties, de beaux hommes bronzés et musclés ainsi que des bombes sexuelles sur talons aiguilles !
Hasta la vista
Electra


EloD
mar 07 sep 2010 00:39