
Dans son immense villa de deux étages, sans compter la cave à vin, une femme d'une cinquantaine d'années descend voluptueusement ses escaliers en bois de cerisier, un cierge blanc dans une main, un pan de sa longue robe en soie rouge dans l'autre. Une ride d'inquiétude se crée peu à peu entre ses deux yeux et la femme achève la descente des marches en se mouvant de manière noble. Les boucles soyeuses de ses cheveux chocolats arrivants à ses coudes virevoltent dans d'élégants mouvements de par la vivacité avec laquelle elle marche. Ayant traversée un salon chiquissime, la femme brune dépose le cierge sur une table basse en fer forgé, s'accroupie puis s'assied au sol. Pressée, elle saisie méthodiquement un sachet de papier posé près d'elle, le vide de son contenu et brûle ce dernier à l'aide de la flamme de la bougie. Les petits pétales rose foncé qui le constituaient se tortillent et agonisent avant de ne devenir que cendres et matière calcinée. Pendant que les fleurs s'enflamment, tout en jetant du sel dans un récipient empli d'un liquide indéterminé, la femme d'âge mûr récite des paroles à voix basse. Son ton égal et posé ne varie pas tandis qu’elle ne cesse de déblatérer ses incompréhensibles prières et elle termine ses incantations en soufflant sur la flamme dansante du petit objet de cire. Le léger filet de fumée qui s’en dégage n’a pas le temps de disparaître que déjà l’enchanteresse se relève puis traverse en toute hâte le reste de la pièce. Soudain, la vielle horloge de bois retentit dans toute la maison. Premier coup de minuit.
- Seigneur accordez-moi la grâce ! Supplie-t-elle à son dieu invisible.
Deuxième coup.
- Bon, puisque vous insistez… continue-t-elle en se parlant à elle-même.
Troisième
coup.
Revenant sur ses pas, elle se saisit du calice remplie du liquide inconnu, y ajoute les cendres et jette le contenu sur le tapis perse au centre du salon. Etrangement, le liquide n’est pas absorbé par le tissu mais ondule de manière reptilienne à travers la pièce. Soudain le serpent d’eau se sépare en plusieurs morceau, certains continuent leur chemin en passant sous la porte gauche du salon menant à une autre salle, d’autre à l’inverse vont à droite et se tortillent dans les escaliers donnant sur les chambres.
Quatrième
coup.
Le dernier filet d’eau serpente jusqu’à la porte d’entrée, au bout du salon et vient se placer sous la porte, de façon à ce que plus aucun espace ne soit laissé.
Cinquième
coup.
D’un seul coup,
l’eau se met à miroiter d’une lueur argentée et une
lumière translucide remonte d’elle, jusqu’au haut de la
porte.
Sixième
coup.
L’éclair de lumière s’éteint aussi vite qu’il est apparu. Les portes de la maison commencent à trembler.
-
Non… susurre la maîtresse de maison.
Septième coup.
Rapidement elle
s’empare d’une croix de 30 centimètres de long
préalablement posée sur la cheminée et la tient devant elle à bout
de bras, ses bras tremblants encore plus fort que les battants des
portes.
Huitième coup.
Lentement des ombres
commencent à apparaître au dehors, encerclant l’habitat,
répandant l’angoisse.
Neuvième coup.
Des grognements bestiaux se
font entendre de l’extérieur, des coups frappés un peu
partout sur la façade retentissent.
Dixième coup.
La porte principale du salon
bouge de plus en plus sous une rafale de d’assauts, sûrement
administrés par un bélier.
Onzième coup.
Les bêtes au dehors
rugissent et profèrent une multitude de menaces et d’insultes
envers la femme à la robe de soie, mais celle-ci n’a aucune
réaction.
Douzième coup.
Et, en un instant, tout cesse comme cela a commencé. La femme s’effondre sur un divan ambre, tout en prenant possession du téléphone à l’ancienne posé sur une table à proximité. D’une main tremblante elle compose un numéro qu’elle connaît par cœur, pour l’avoir tant de fois appelé. Deux sonneries s’écoulent avant que l’interlocuteur de décroche.
-
Allô? Demande une voix masculine sur un ton
crispé.
-
Damien? C’est moi. Tu avais raison, ils sont revenus,
mais le sort de protection a fonctionné à merveille,
l’informe-t-elle.
- En es-tu sure? Questionne une voix rauque dans le salon.
Lâchant le combiné des mains, la femme se redresse, dévoilant un visage métamorphosé par un masque de peur et d’effroi.
Au bout de la ligne, ledit Damien interroge d’une voix anxieuse :
- Allô? Allô? Elisabeth, tu es là?
Se plaçant devant la brune
affolée l’intrus affiche un sourire
carnassier.
-
A nous deux, Elisabeth Ricceli,
murmure-t-il.
Et, sur ces mots, d’un pas souple et gracieux, il s’empare du combiné et le remet sur son socle.
Image :
When the full moon
rises, travail original de Wyldraven qui a généreusement
accepté que son oeuvre illustre ce chapitre, venez visiter sa
gallerie sur deviantart ici :Wyldraven
Me revoici après une très longue absence! Je m’en excuse auprès de tous. Pour ma défense, j’ai eu une année difficile et chargée. Mais quand on vit par l’écriture, on se remet un jour ou l’autre à écrire. Voilà donc ce troisième chapitre. Les indices sont multiples, quelqu’un aurait-il trouvé les mystères de cette fiction? Nous avons déjà un gagnant, mon homme!
Sur ce, portez-vous bien.
A très bientôt,
Electra



